Présentations de la Journée du 06 Mars

Posted on mars 14th, 2017


Présentations à télécharger

Vous pouvez télécharger ci-dessous certaines présentations de la journée sur le traumatisme du 06 Mars dernier :

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Clinique du psychotraumatisme : actualisation des connaissances Dr Bertrand Olliac PDF

 

Compte-rendu de la Journée du 6 Mars 2017

Madame Françoise Rudetzki[1] rappelle que depuis vingt ans, les enfants sont aussi des victimes des attentats terroristes sur notre territoire. Elle insiste sur la nécessité de former les intervenants dans la durée, en prenant en compte les expériences de prise en charge du psychotraumatisme et du deuil chez l’enfant, au niveau international (USA, Norvège, Israël).

Madame Juliette Méadel[2] rappelle la nécessité d’une prise en charge psychologique rapide des rescapés des attentats et de la complémentarité indispensable qui doit exister entre les apports des acteurs de terrain, les réflexions des spécialistes et l’implication de l’État, dans la suites de ces événements. Il apparaît pour elle important qu’un statut d’enfant victime soit reconnu par la Commission d’indemnisation des victimes d’infractions. Il est aussi primordial d’améliorer nos connaissances sur les spécificités des traumatismes de l’enfance et leurs prises en charge psychologiques.
Mme Méadel propose dans tous ces domaines un travail de co-construction entre les associations de victimes, les intervenants, les experts, les professionnels de santé et les acteurs internationaux.

Florence Askenazy[3] livre à la fois un témoignage émouvant et une vaste réflexion à partir de son expérience de clinicienne dans la prise en charge psychologique des enfants victimes de l’attentat du 14 Juillet 2016.

Les équipes n’étaient pas préparées à prendre en charge un nombre aussi important d’enfants, les soignants organisant au mieux un dispositif dans l’urgence, permettant d’écouter les récits d’horreur faits par les enfants au sortir de l’attentat et dans les jours et semaines qui ont suivi. Elle souligne combien ces derniers ont subi un impact traumatique majeur, se manifestant chez les plus petits par une désorganisation motrice marquée par le besoin d’épuiser par une motricité quasi automatique  l’intensité du traumatisme subi, ou au contraire par une inhibition comme si rien ne s’était passé. Elle remarque  l’importance que prend la trace sensorielle. Chez les plus grands, l’effraction traumatique peut être figurée dans leurs dessins, tout comme  s’exprimer dans leurs récits; elle insiste sur l’importance de les aider à mettre de l’ordre face au chaos qu’ils ont ressenti. Elle décrit trois mécanismes de défense chez les parents, le déni de la souffrance psychique de leurs enfants, la toute puissance qu’ils tentent de maintenir auprès d’eux, malgré leur impuissance devant l’événement et la culpabilité ressentie, l’effacement de la différence de maturité adulte-enfant. Elle constate que de nombreuses familles touchées par l’attaque terroriste ont des difficultés à formuler une demande d’aide.
Florence Askenazy témoigne d’un rapport au temps modifié dans sa perception tant pour les enfants que pour les soignants, mais aussi modifié dans l’expression clinique, elle observe ainsi chez un adolescent confronté à cet événement, des manifestations de dissociation aigue qui apparaissent six mois après l’attentat,  comme s’il venait d’avoir lieu. Ce temps « écrasé » vient pour chaque rescapé, faire carambolage avec son passé.
Pour les soignants, le partage et l’échange d’expériences s’avèrent tout à fait essentiels afin ne pas être envahis par la fascination traumatique. Une supervision « lente et détaillée de la clinique » est indispensable, un niveau national de partage, de réflexions et d’interrogations cliniques s’avère nécessaire.

Emmanuelle Guesnier, cadre de santé à l’Hôpital pédiatrique Lenval de Nice,  rapporte la mise en place d’un Poste d’Urgence Médico-Psychologique dans le cadre du Plan Blanc, face un afflux de blessés, enfants comme adultes, arrivant directement des lieux de l’attentat qui se trouvent dans une grande proximité de cet hôpital. L’apport de soins primaires (obturation des baies vitrées donnant sur la promenade des Anglais, fourniture de nourriture, boisson, chaussures, couches) aux victimes et à leurs proches apparaît à travers ce retour d’expérience comme un point essentiel pour réinstaurer chez ces derniers un sentiment de continuité face au chaos.  Mme Guesnier insiste sur l’apport de chacun, pédopsychiatres, psychologues, infirmiers, mais aussi assistantes sociales. Elle note combien les secrétaires ont été soumises à un impact émotionnel fort à travers les appels téléphoniques qu’elles ont pris de « plein fouet ». Elle souligne l’importance de l’organisation matérielle et fonctionnelle dans l’accueil et l’écoute des enfants et de leur famille, tant le soir même de l’attentat que dans les jours et semaines qui suivront : le lieu construit doit rester protégé  à l’abri du chaos et de l’excitation extérieure.

Héloïse Marichez[4] qui est venue en renfort de l’équipe de Nice, insiste sur l’importance de l’adaptabilité, le souci de coordination et d’anticipation des suivis et des orientations lorsque l’on vient en renfort d’une équipe locale.

Jean-Philippe Raynaud[5] reprend en 10 points essentiels  les leçons qu’il a pu tirer d’expériences hors du commun : l’accident industriel d’AZF en  2001 et des « Tueries et Toulouse et Montauban  de 2012 ». Il explicite  à travers de brèves vignettes cliniques pertinentes l’importance de la continuité des soins quand tout  va dans le sens de la discontinuité, de l’éclatement, de la perte des repères. Il pointe le besoin de prendre le temps de réfléchir à certaines demandes institutionnelles ou politiques, d’évaluer la capacité et la cohésion des familles à pouvoir soutenir ses membres.
Il est important pour Jean-Philippe Raynaud que des équipes de pédopsychiatrie soient  d’emblée associées et confortées dans leurs compétences pour prendre en charge les enfants confrontés au psychotraumatisme, pour  soutenir les familles et intervenir au sein des services d’urgence. Il insiste sur l’importance d’évaluer cliniquement et à l’aide d’outils validés en français, la dissociation et la détresse en phase aigue,  ainsi que leur évolution ultérieure; de repérer et  d’accueillir les familles vulnérables  pour les soutenir davantage ou différemment. Deux autres domaines sont pour lui très importants : prendre soin des soignants, avant, pendant, après, à tous les niveaux (eux aussi sont touchés) et faire de la recherche pour se décentrer, se projeter et donner du sens.

Thierry Baubet[6] à partir de son expérience dans les CUMP[7], rappelle que la massivité des événements peut obérer les capacités de réponse des dispositifs, mais aussi mettre en difficulté des décideurs, qui ont parfois besoins d’être conseillés. Il insiste sur l’organisation du dispositif avec un référent qui ne prend pas en charge de patient mais coordonne, soutient,  renforce pour les cas difficiles, assure des temps de reprise.
Il montre l’importance des soins aux enfants même quand ils ont l’air d’aller bien et propose des classifications en fonction de leur proximité personnelle ou familiale avec l’attentat. Les soins psychiques dispensés aux enfants par un binôme soignant, consiste à les écouter et à soutenir leurs parents. Il s’agit de faciliter leur expression symbolique, de les aider à clarifier leurs émotions, et d’aménager pour eux des séquences en dehors de leurs parents. Il est important de soutenir chez l’enfant endeuillé ses liens avec son parent décédé.
Thierry Baubet insiste sur la nécessité de rappeler téléphoniquement les personnes prises en charge par les CUMP.

Daniel Marcelli[8] relate son expérience de soutien aux équipes, comme membre de la Réserve Sanitaire, soulignant les sentiments de culpabilité et d’incompétence qui ont envahi personnels soignants et secrétaires. Il propose la mise en place d’une réponse téléphonique très rapide aux familles faites par un médecin ou un psychologue, les secrétaires ayant uniquement comme tâche de prendre les coordonnés et d’assurer que le rappel se ferait dans la journée. Il insiste aussi sur le fait que l’importance des manifestations symptomatiques n’a rien à voir avec la proximité du traumatisme. Il note à ce propos les effets extrêmement insécurisant pour les enfants, d’avoir été face à des adultes qui n’étaient plus protecteurs lors de l’attaque terroriste, mais étaient eux même atteints.   Il insiste sur l’importance lors des entretiens familiaux de permettre à l’enfant de s’exprimer directement et que les parents en soient témoins.

Denis Péshanski[9] et Francis Eustache[10] présentent la recherche transdisciplinaire «Mémoire du 13 Novembre» reposant sur le recueil et l’analyse des témoignages de 1000 personnes volontaires, au cours de quatre campagnes d’entretiens filmés réparties sur 10 ans. Ces mêmes personnes seront interrogées à quatre reprises.
Pour ces deux chercheurs la mémoire est un élément essentiel de la construction de l’identité individuelle comme de l’identité collective.
Les témoignages individuels seront mis en perspective avec les traces de la mémoire collective telle qu’elle se construit peu à peu. Afin de comprendre quels sont les effets d’un événement traumatique sur les structures et le fonctionnement cérébral, les marqueurs neurobiologiques de la résilience au traumatisme chez un sous-groupe de 180 personnes, seront étudiés.

La dernière table ronde se centre sur la clinique du psychotraumatisme et le deuil chez l’enfant .Bertrand Olliac[11] revient sur l’évolution des critères diagnostics du PTSD (Syndrome Post Traumatique)   dans les différentes classifications du DSM, particulièrement dans  le DSM V, dans lequel le PTSD de l’enfant d’âge préscolaire est proposé alors qu’il n’était pas reconnu auparavant. Il montre la complexité de ce diagnostic chez l’enfant jeune et l’importance de sa reconnaissance dans la place qu’il peut prendre dans la construction de sa personnalité. Il insiste sur les signes cliniques d’appel  qu’il faut aller rechercher  car l’enfant ne s’en plaindra pas systématiquement. Ce sont par exemple les jeux répétitifs qui sont en fait plus que des jeux, des reviviscences du traumatisme.

Michèle Battista[12] évoque elle  le cataclysme que représente pour l’enfant la perte brutale d’un proche, insistant sur la nécessité d’une proposition proactive de prise en charge et d’un souci de bientraitance, pour cet enfant endeuillé. Les médiations créatives peuvent participer de l’expression et de l’élaboration de ce deuil.  Toute la créativité des thérapeutes est sollicitée pour permettre à l’enfant  de construire le récit de cette catastrophe qui l’a submergé.

Le Pr Michel Wawrzyniak, Président de la SFPEADA, reprenant les divers interventions de cette journée  insiste sur la perte de confiance dans l’humanité qu’a réalisé cette plongée dans le hors temps post-traumatique. Avec l’atteinte des enfants et des familles, c’est  un des puissants leviers du dispositif d’humanisation que constitue la famille qui s’est trouvé ainsi mis à mal.
Face à de tels évènements notre société scientifique a souhaité mettre ses compétences au service de l’aide à apporter aux victimes et à ceux qui les  secourent.

Nous souhaitons, être disponibles dès le moment de la mobilisation et proposer d’emblée  un soin nourri de pédopsychiatrie, un soin qui s ‘adresse à tous, enfants et parents, ainsi qu’aux équipes d’urgence.
Pour cela il nous faut développer les formations des équipes pédopsychiatriques. La SFPEADA peut construire des formations habilitantes pour les équipes de pédopsychiatrie.
Elles s’appuieraient sur des expériences riches et complexes ainsi que sur des protocoles de recherches qui peuvent constituer des dispositifs de soins pour les patients victimes qui, par leur volontariat, y participent en y gagnant en résilience.
Au-delà de l’urgence, La SFPEADA souhaite aussi aider à la réflexion pour répondre spécifiquement à ces populations avec nos dispositifs de soins habituels.
Avec ses professionnels déjà engagés dans des situations de catastrophe, avec son maillage territorial sur l’ensemble de la France, ses capacités d’organisme formateur (DPC) la SFPEADA  peut devenir force de proposition face aux traumatismes subis par les enfants.

 

Jean-Michel Coq et Marie-Michèle Bourrat

 

[1] Fondatrice de l’Association SOS Attentats et auteur du rapport « Pour un Centre de ressources et de résilience : réparer et prendre soin de la vie » remis au Président de la République en Décembre 2016.

[2] Secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargée de l’aide aux victimes.

[3] Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Hôpital Lenval, Nice.

[4] Psychologue coordinatrice de la CUMP 93, Hôpital Avicenne, Bobigny.

[5] Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Toulouse.

[6] Professeur de psychiatrie de l’enfant et l’adolescent, pédopsychiatre, coordinateur de la CUMP 93, Hôpital Avicenne, Bobigny.

[7] Cellule d’Urgence Médico-Psychologique.

[8] Professeur Emérite de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent.

[9] Historien, directeur de recherche au CNRS.

[10] Professeur de neuropsychologie, Inserm, Université de Caen.

[11] Psychiatre de l’enfant et de l’adolescent, Limoges.

[12] Psychiatre de l’enfant et de l’adolescent, Nice.

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