Que faire de la terreur et de l’effroi des évènements du 14 juillet 2016 ?

Posted on février 13th, 2017

Penser, Créer, Construire.

 

La SFPEADA organise à Paris (campus Jussieu) le 6 mars 2017 une journée gratuite sur  ce thème :

L’enfance attaquée. La pédopsychiatrie face au traumatisme collectif  ( programme et inscriptions)

 

La SFPEADA vous propose aussi ci-dessous un édito à paraître de la revue Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence qui revient sur la terreur des évènements survenus à Nice le 14 Juillet 2016 et sur la réflexion qu’ils ont entrainée chez les pédopsychiatres de Nice et leurs équipes.

 

Que faire de la terreur et de l’effroi des évènements du 14 juillet 2016 ?
Penser, Créer, Construire.

F. GITTARD ASKENAZY *;  M. BATTISTA*

 

Remerciements à la Fondation de France pour son soutien.

Nice, le symbole de la Dolce Vita française et européenne, a vécu l’horreur, la terreur le 14 juillet 2016, un soir de fête. Ville cosmopolite, elle attire en été une population bigarrée et festive qui côtoie, celle très contrastée, des habitants des quartiers populaires. Cet attentat a provoqué un écho amplifié de celui qui a déjà ciblé les enfants à Toulouse(1). Sur la Promenade des Anglais, les victimes étaient de tous les âges, des familles avec de nombreux enfants et même des bébés, de toutes les nationalités, de toute religion et culture.


La violence des images et des témoignages qui ont inondé l’actualité et les médias ont également plongé la nation dans un sentiment d’effroi. Ce sont les mémoires collectives et individuelles  des familles qui ont été profondément touchées.
Comment construire,  reconstruire  un enfant une famille après un meurtre de masse dont l’intensité et l’horreur déshumanisent l’auteur comme la victime ?

C’est l’ensemble des acteurs de la pédopsychiatrie de secteur qui s’est engagé dans un idéal  partagé pour faire face à la mort imminente dans l’urgence.
La Cellule d’Urgence Médicopsychologique Pédiatrique (CUMP.P)  a vu le jour très rapidement dès la nuit du 14 au 15 Juillet dans l’hôpital pédiatrique de la ville de Nice , « Lenval » qui a fait face au drame sur la Promenade.
Il a fallu créer de  la relation dans le soin, au côté des pédiatres. C’est ce qui a était mis en œuvre par les CUMP(2), nombreuses qui ont été mobilisées; dans le 06, en régional, dans différents lieux de la ville. Puis l’aide nationale s’est intriquée et a aidé à mailler le soin de part son expérience depuis leur création en 1997 à la suite de l’attentat du RER saint Michel en 1995(3)(4). (Creminter 2003) .
Dans les premières heures, les victimes que nous recevions en binôme(5) étaient des familles éclatées qui cherchaient les leurs. Les groupes familiaux avaient été dispersés par les mouvements de foules,  adultes et enfants sidérés, ils venaient, certains côte à côte, mutiques, d’autres hurlaient leur souffrance. La dyade thérapeutique avait besoin de s’étayer pour supporter l’écoute, ou le vide créé par le silence(6).
En effet la violence des mots était telle que, parfois il fallait relancer la pensée pour poursuivre les rencontres sidérantes des victimes.
C’est la première fois qu’autant d’enfants, du bébé  à venir encore dans le ventre de sa mère jusqu’à l’adolescent de 18 ans, sont impliqués dans un attentat de ce type.
Chacun a donné de soi pour réanimer psychologiquement, émotionnellement un enfant, une famille qui avait perdu un proche, parfois son entité corporelle, son identité psychique. Ils voulaient des réponses au « pourquoi ?» nous ne les avions pas, ils cherchaient quelqu’un, nous ne savions pas où il était, encore moins s’il était vivant ou mort(7).
Nous rencontrions une nouvelle pédopsychiatrie de la souffrance et du traumatisme, celle de l’attaque  sans sens, du lien fondamental de la vie et de la parentalité. Dans tous ces mouvements affectifs attaqués, comment maintenir la singularité de l’histoire de chacun dans une famille?
Sans oublier que bon nombres d’intervenants étaient des Niçois présents ou « seulement » impactés parce que Niçois.
1103 enfants ont été vus dans les 6 mois suivant le 14 juillet 2016, plus de 2103 consultations. Dans ce chaos de l’urgence.
La créativité et la construction sont un des moyens de lutte contre la destruction et la déshumanisation. Jusqu’à ce jour de fête nationale de 2016 aucune CUMP pédiatrique spécifique n’avait été pensée et encore moins structurée. En moins de 24 heures, l’organisation auprès des enfants et des familles s’est maillée. Les professionnels de l’enfance se sont mis à travailler dans l’urgence de la demande dans une nouvelle temporalité des pensées
Les professionnels de la psychiatrie de l’enfant et l’adolescent se doivent de repenser les paradigmes de nos missions au regard de ces évènements.
Sur le plan scientifique, il est reconnu que le traumatisme chez l’enfant jeune en développement peut-être pourvoyeur de pathologies psychiatriques une vie entière(8)(9). On sait aussi qu’un traumatisme avec intentionnalité multiplie par deux ce risque(10).
Il faut accompagner les enfants, les adolescents et leurs familles dans une relance à la parentalité, plus encore dans les familles fragilisées avec des enfants jeunes qui sont les plus amputés dans le devenir(11). Les partenaires de l’enfant ont eux aussi besoin d’un nouvel essor pour continuer, et, hélas se préparer à une nouvelle attaque de la vie.
Une CUMP pédiatrique est à ce jour à finaliser pour aller au-delà de l’actuelle qui a été pensée dans la polyvalence adulte/enfant et qui a montré ses limites quand autant d’enfants sont impactés et surtout des tout petits(12)

Le Plan blanc a été déclenché dans les minutes suivant l’attentat. Les CUMP ont pris le relais puis il a fallu poursuivre l’accueil des enfants impactés et de leurs familles et faire appel à l’EPRUS (Etablissement de préparation et de réponses aux urgences sanitaires créés en 2007 pour les urgences sanitaires et pour les réponses spécifiques psychologiques depuis le 1er Mai 2016)
L’EPRUS a été d’un grand secours et nous ne pouvons que les remercier de leur soutien dans le moyen terme jusqu’à décembre 2016.
A ce jour nous devons créer pour le long terme.
Il faut organiser une Pédopsychiatrie citoyenne, observatoire des modifications sociétales, active au cœur même des familles des partenaires et proche de l’enfant dans son milieu écologique.
Pour que l’héritage de ces familles ne se réduise pas au traumatisme.
La première pierre à cet édifice est la naissance du CE2P : Centre d’Evaluation Pédiatrique du Psychotraumatisme au CHU-Lenval à NICE, grâce aux financements attribués dans le post attentat par la Direction Générale de la Santé   et l’Agence Régionale de la Santé  Provence Alpes Côte d’Azur.
Il a pour mission :
– D’évaluer, accompagner les enfants et les familles victimes
–    D’aller vers les personnes impliquées qui sont dans une « non demande », ou une « impossible demande » dans leur vécu traumatique, pour proposer des actions innovantes.
–    De créer, de fonder des liens avec les partenaires de la petite enfance.
–    D’aider à la reprise de la parentalité en faisant des parents des partenaires à l’écoute de leur enfant avec le support des professionnels;
–    De rester en lien avec les enfants, les familles, par courrier, courriel téléphone, au cas où?… en créant la plateforme « OKAOU ».
–    D’aider à la promotion de la recherche épidémiologique et clinique pour mieux connaître le devenir de ces personnes.
–    Il a pour devoir de promouvoir ses missions afin de les faire connaître en France et en Europe.
Ce centre ne pourra exister sans lien avec un département spécifique pédopsychiatique du Centre National de la Résilience.
Pour l’avenir de nos enfants, de notre société où les attentats voire d’autres drames risquent encore de nous terrasser, il nous faudra penser un Centre Référent du Risque Traumatique. A Nice, ce sont les liens familiaux, culturels au sens anthropologique, et nationaux (attaque le jour de la fête nationale) qui ont été touchés. Le risque d’attaque du lien social est donc au cœur de nos préoccupations.
D’autres projets de soins sont en élaboration pour un soin de qualité à visée préventive qui doit avoir pour support la bientraitance et le respect de l’identité culturelle(13) en mobilisant tous nos outils thérapeutiques sans exclusion d’obédience. Thérapies de groupe, médiations culturelles, sensorielles au sein du milieu écologique de l’enfant.
Cette thérapeutique s’intègre dans la reprise d’une vie psychique de l’enfant et de ses parents dans son environnement au centre du dispositif du Devenir.

* Service Universitaire de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent
CHU Lenval, 57 Avenue de la Californie
06200 Nice

Bibliographie
1.     Birmes P, Raynaud J-P, Daubisse L, Brunet A, Arbus C, Klein R, et al. Children’s enduring PTSD symptoms are related to their family’s adaptability and cohesion. Community Ment Health J. 2009 Aug;45(4):290–9.

2.     Bernard-Brunel L, Cholin N. [Immediate intervention of medico-psychological emergency units]. Soins Psychiatr. 2010 Aug;(269):16–9.

3.     circulaire DH/E04-DGS/SQ2 – N°97/383 du 28 mai 1997 relative à la création d’un réseau national de prise en charge de l’urgence médico-psychologique en cas de catastrophe.

4.     Cremniter D, Laurent A. [Psychiatric care in emergency victims]. Rev Prat. 2003 Sep 30;53(14):1517–22.

5.     Marie-Rose Moro « Psychothérapie des enfants de migrants » pag. 97-125. In.

6.     Baubet T, Rouchon J-F, Reyre A, Taïeb O, Marichez H, Rezzoug D, et al. [Taking care of the families of air disaster victims]. Soins Psychiatr. 2010 Aug;(269):29–32.

7.     Romano H, Aurore A, Chollet-Xemard C, Marty J. [Announce a death rapes to the close relations in emergency situation and taken care]. Ann Fr Anesth Reanim. 2012 May;31(5):437–41.

8.     Bouras G, Lazaratou E. [Emergence of early childhood trauma in adult psychiatric symptomatology]. Psychiatr Psychiatr. 2012 Jun;23 Suppl 1:39–48.

9.     Alvarez M-J, Roura P, Osés A, Foguet Q, Solà J, Arrufat F-X. Prevalence and clinical impact of childhood trauma in patients with severe mental disorders. J Nerv Ment Dis. 2011 Mar;199(3):156–61.

10.     Santiago PN, Ursano RJ, Gray CL, Pynoos RS, Spiegel D, Lewis-Fernandez R, et al. A systematic review of PTSD prevalence and trajectories in DSM-5 defined trauma exposed populations: intentional and non-intentional traumatic events. PloS One. 2013;8(4):e59236.

11.     Scheering MS, Zeanah CH. A relational perspective on PTSD in early childhood. J Trauma Stress. 2001 Oct;14(4):799–815.

12.     Scheeringa MS, Myers L, Putnam FW, Zeanah CH. Diagnosing PTSD in early childhood: an empirical assessment of four approaches. J Trauma Stress. 2012 Aug;25(4):359–67.

13.     Baubet T. [Emergency care in transcultural situations]. Rev Infirm. 2012 Feb;(178):24–5.

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